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10 février 2026

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Prévenir les risques psychosociaux (RPS)

Comprendre, agir et protéger la santé mentale au travail

59 % des salariés français déclarent avoir été confrontés à des risques psychosociaux en 2024. Ce chiffre, issu du baromètre BDO/OpinionWay, illustre l’ampleur d’un phénomène qui touche aujourd’hui la majorité des organisations. La souffrance au travail n’est plus un sujet marginal : elle concerne potentiellement chaque entreprise, chaque équipe, chaque collaborateur.

La bonne nouvelle ? Les RPS ne sont pas une fatalité. Ils sont le symptôme d’organisations qui peuvent être améliorées, de pratiques managériales qui peuvent évoluer, d’environnements de travail qui peuvent être repensés. Des solutions existent, documentées et éprouvées.

Cet article propose un état des lieux complet des RPS en France : leur définition, leurs causes, leurs conséquences, le cadre juridique qui s’impose aux employeurs, et surtout les leviers d’action concrets pour les prévenir efficacement.

Prévenir les risques psychosociaux (RPS)

À retenir...

  • 59 % des salariés français sont confrontés aux RPS selon le baromètre BDO/OpinionWay 2024, dont 91 % estiment que ces risques ont une origine professionnelle.
  • Coût économique majeur : les RPS représentent 2 à 3 milliards d’euros par an en France (INRS) et 617 milliards d’euros par an en Europe (EU-OSHA). Investir 1 € en prévention rapporte jusqu’à 13 € en bénéfices.
  • Obligation légale de l’employeur : l’article L.4121-1 du Code du travail impose une obligation de résultat en matière de santé mentale, avec évaluation obligatoire dans le DUERP.
  • Télétravail et nouveaux risques : 41 % des télétravailleurs ressentent l’isolement professionnel et 55 à 64 % peinent à déconnecter. Le coworking offre une alternative préventive (89 % des coworkers se déclarent plus heureux).
  • La prévention primaire est la clé : agir sur l’organisation du travail (charge, autonomie, reconnaissance) est plus efficace que la gestion individuelle du stress.

Les RPS : de quoi parle-t-on exactement ?

Les risques psychosociaux ne sont pas définis juridiquement en France, mais l’INRS en donne une définition opérationnelle : ce sont des situations de travail combinant stress, violences internes (harcèlement moral ou sexuel, conflits exacerbés) et violences externes (insultes, menaces, agressions de la part de personnes extérieures à l’entreprise).

Le rapport Gollac de 2011, référence en la matière, a identifié six grandes familles de facteurs de RPS qui font aujourd’hui consensus dans la communauté scientifique et parmi les acteurs de la prévention :

Ces facteurs ne s’additionnent pas simplement : ils interagissent et se renforcent mutuellement. Un salarié peut compenser de fortes exigences par un bon soutien social. Mais quand plusieurs facteurs se cumulent sans ressources pour les contrebalancer, la dégradation de la santé devient quasi inévitable.

L’ampleur du phénomène : état des lieux chiffré

Les données disponibles permettent de mesurer l’étendue des RPS en France. Selon le baromètre Empreinte Humaine 2024, 44 % des salariés français sont en situation de détresse psychologique. Près d’un salarié sur deux. Et parmi les moins de 29 ans, ce taux grimpe à 55 %.

Un élément significatif : 74 % des salariés attribuent leur mauvais état psychologique partiellement ou totalement à leur travail. Ce chiffre souligne l’importance des facteurs organisationnels dans la genèse des RPS.

L’Institut national de veille sanitaire estime que 7 % des salariés souffrent de burn-out sévère, soit environ 30 000 personnes en grande détresse. Quant aux troubles mentaux liés au travail, leur nombre a doublé entre 2007 et 2019 selon Santé publique France.

Les conséquences sur la santé

Une étude de l’INRS publiée fin 2024, synthétisant près de 800 études internationales, a mis en évidence les effets des expositions psychosociales sur la santé. Les liens sont désormais établis avec :

  • Les maladies cardiovasculaires : infarctus, accidents vasculaires cérébraux, hypertension
  • Les troubles musculo-squelettiques (TMS), qui représentent plus de 80 % des maladies professionnelles reconnues
  • Les troubles anxio-dépressifs, le burn-out, les troubles du sommeil
  • Les accidents du travail, dont la fréquence augmente avec l’exposition aux RPS
  • Dans les cas les plus graves, le suicide ou les tentatives de suicide liées au travail
Prévenir les risques psychosociaux (RPS)

Le coût économique des RPS

Au-delà de l’impact humain, les RPS représentent un enjeu économique majeur pour les entreprises et la collectivité.

En France, l’INRS évalue le coût social du stress au travail entre 2 et 3 milliards d’euros par an. Cette estimation ne couvre que le « job strain », qui ne représente qu’un quart des situations de RPS. Le coût réel est donc significativement supérieur.

À l’échelle européenne, l’Agence européenne pour la sécurité et la santé au travail (EU-OSHA) a chiffré le coût des RPS liés aux dépressions dues au travail à 617 milliards d’euros par an. Ce montant se décompose ainsi :

  • Absentéisme et présentéisme : 272 milliards d’euros
  • Perte de productivité : 242 milliards d’euros
  • Frais de santé : 63 milliards d’euros
  • Allocations pour inaptitude : 39 milliards d’euros

Selon l’INRS, 50 à 60 % des journées de travail perdues sont liées au mal-être au travail.

L’investissement dans la prévention s’avère rentable. L’Association Internationale de Sécurité Sociale estime qu’1 euro investi dans la prévention des RPS génère un bénéfice net de plus de 13 euros. Un argument de poids pour les décideurs.

Les freins à la prévention

Malgré ces constats, la mise en œuvre de la prévention reste insuffisante. Selon le baromètre BDO 2024, 32 % des salariés déclarent avoir été victimes directes de RPS. Parmi eux, seuls 26 % ont effectué un signalement à leur employeur. Et parmi ces signalements, seulement 54 % ont donné lieu à des actions concrètes.

Selon le baromètre Empreinte Humaine, seules 39 % des entreprises accordent du temps à des démarches de sensibilisation aux RPS. Plusieurs facteurs expliquent ces difficultés :

  • La complexité du sujet : les RPS sont multifactoriels et leurs manifestations variées
  • Le manque de formation des managers et des équipes RH sur ces questions
  • La difficulté à remettre en question l’organisation du travail elle-même
  • La tentation de se limiter à des actions individuelles (gestion du stress, relaxation) plutôt que d’agir sur les causes organisationnelles

S’attaquer aux vraies causes des RPS implique de remettre en question l’organisation du travail, les pratiques managériales, parfois le modèle économique lui-même. C’est un chantier ambitieux, mais nécessaire.

Télétravail : de nouveaux risques à prendre en compte

Depuis la pandémie de Covid-19, le télétravail s’est durablement installé dans le paysage professionnel. En 2023, 26 % des salariés français pratiquent le télétravail selon la Dares. Si cette pratique présente des avantages indéniables (autonomie, suppression des temps de trajet, meilleure conciliation vie pro/perso), elle génère aussi des risques psychosociaux spécifiques qu’il convient d’anticiper.

Une revue de littérature publiée par la Dares en mars 2025 identifie trois grandes catégories de RPS liés au télétravail :

L’isolement et la distanciation des rapports sociaux

Selon une étude du cabinet Mercer, 41 % des télétravailleurs se sentent isolés. L’enquête Buffer 2023 confirme que 21 % des télétravailleurs considèrent la solitude comme leur principal problème. Éloignés du collectif, privés des moments informels (pause café, déjeuner entre collègues), les salariés peuvent voir leur sentiment d’appartenance s’éroder. L’INRS identifie « l’érosion des moments de convivialité, l’isolement du collectif, la perte du sentiment d’appartenance » parmi les facteurs de RPS majeurs du télétravail.

La difficulté à déconnecter et le brouillage des frontières

Selon Mercer, 55 % des télétravailleurs éprouvent des difficultés à séparer vie professionnelle et vie personnelle. En 2024, ce chiffre atteint 64 % selon d’autres enquêtes. C’est le phénomène du « blurring » : quand le bureau est dans le salon, les frontières entre travail et vie personnelle deviennent floues.

Ce phénomène touche particulièrement les femmes avec de jeunes enfants, qui cumulent charge professionnelle et charge domestique. La Dares note une « réassignation des femmes au domicile » : en télétravail, elles effectuent davantage de tâches ménagères et travaillent plus souvent en horaires décalés.

L’intensification du travail et l’hyper-connexion

Le télétravail peut paradoxalement conduire à travailler davantage. L’absence de séparation physique entre lieu de travail et lieu de vie, la pression à prouver sa productivité à distance, les réunions en visioconférence qui s’enchaînent sans pause : autant de facteurs d’intensification. À cela s’ajoutent les risques physiques : troubles musculo-squelettiques liés à un poste de travail inadapté, sédentarité accrue, troubles du sommeil.

Le cadre juridique : des obligations claires

La prévention des RPS est une obligation légale. L’article L. 4121-1 du Code du travail impose à l’employeur de « prendre les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique ET MENTALE des travailleurs ».

Cette obligation est une obligation de résultat, pas seulement de moyens. L’article L. 4121-2 détaille les neuf principes généraux de prévention, parmi lesquels : éviter les risques, combattre les risques à la source, adapter le travail à l’homme (et non l’inverse), planifier la prévention en intégrant l’organisation du travail.

Concrètement, l’employeur doit :

  • Évaluer les risques, y compris psychosociaux, dans chaque unité de travail
  • Les intégrer dans le Document Unique d’Évaluation des Risques Professionnels (DUERP), obligatoire depuis 2001
  • Mettre en place un programme annuel de prévention (entreprises de 50 salariés et plus)
  • Former et informer les salariés sur les risques et les mesures de prévention
  • Prévenir le harcèlement moral et sexuel (obligation spécifique)

En cas de manquement, l’article R. 4741-1 du Code du travail prévoit une amende pour non-évaluation des risques ou non-mise à jour du DUERP. En cas d’accident du travail ou de maladie professionnelle, la faute inexcusable de l’employeur peut être reconnue, avec des conséquences financières significatives.

L’Accord National Interprofessionnel de 2008 sur le stress au travail et celui de 2010 sur le harcèlement et la violence complètent ce cadre. En 2025, la santé mentale a été déclarée Grande Cause Nationale, témoignant de la prise de conscience collective sur ce sujet.

Les leviers d’action pour prévenir les RPS

Prévenir efficacement les RPS implique d’agir sur l’organisation du travail elle-même. Voici les principaux leviers d’action, documentés par l’INRS et l’Anact.

Privilégier la prévention primaire

La prévention primaire – celle qui vise à éliminer les risques à la source – doit être prioritaire. Concrètement, cela signifie :

  • Revoir les charges de travail et les objectifs pour qu’ils soient réalistes
  • Clarifier les rôles et les responsabilités de chacun
  • Donner de l’autonomie et des marges de manœuvre aux salariés
  • Reconnaître le travail accompli et donner du sens
  • Veiller à l’équilibre entre exigences du travail et ressources disponibles

Former les managers

Le management de proximité joue un rôle central dans la prévention des RPS. Former les managers à détecter les signaux faibles, à gérer les conflits, à adapter la charge de travail est essentiel. L’INRS propose un guide pratique « 9 conseils pour agir au quotidien » destiné aux managers.

Repenser l’environnement de travail

L’environnement physique de travail joue un rôle important dans la prévention des RPS. Pour les télétravailleurs, la question est particulièrement cruciale.

Face aux risques d’isolement liés au télétravail, une solution émerge : les espaces de coworking. Selon une étude d’Emergent Research publiée dans la Harvard Business Review, 89 % des personnes interrogées déclarent être plus heureuses depuis qu’elles ont rejoint un espace de coworking. L’étude révèle également que 83 % se sentent moins seuls et que 80 % se tournent vers leurs collègues de coworking pour obtenir de l’aide ou des conseils.

Le coworking combat l’isolement en fournissant un environnement social où les échanges sont encouragés. Il aide à maintenir une frontière claire entre vie professionnelle et vie personnelle, prévenant ainsi l’épuisement professionnel. 84 % des membres déclarent d’ailleurs que le coworking a amélioré leur engagement et leur motivation au travail.

Now Coworking, présent dans plusieurs villes françaises (Nantes, Lyon, Lille, Rouen, Metz, Bayonne…), illustre cette approche : des espaces de travail flexibles qui permettent aux télétravailleurs de rompre l’isolement tout en bénéficiant d’un cadre professionnel adapté. Plus qu’un simple bureau partagé, ces lieux créent des communautés qui favorisent les échanges, le soutien mutuel et le bien-être au travail.

Mesurer pour agir

On ne peut améliorer que ce que l’on mesure. Des outils existent et sont mis gratuitement à disposition par l’INRS :

  • « Faire le point RPS » : un outil en ligne avec une quarantaine de questions, adapté aux petites entreprises
  • « RPS-DU » : un outil pour intégrer les RPS au document unique, destiné aux entreprises de 50 salariés et plus
  • Des indicateurs de dépistage : taux d’absentéisme, turn-over, nombre d’accidents du travail…

Impliquer les salariés dans la démarche

La prévention des RPS ne peut se faire sans la participation active des salariés. Ils sont les mieux placés pour identifier les situations problématiques et proposer des solutions adaptées. L’implication des représentants du personnel (CSE, CSSCT) est également essentielle pour construire une démarche pérenne.

Un investissement pour l’avenir

Les RPS ne sont pas une fatalité de l’économie moderne. Ils sont le résultat de choix organisationnels, managériaux et stratégiques – des choix qui peuvent être révisés.

Les entreprises qui investissent dans la prévention des RPS en tirent des bénéfices concrets : des salariés plus engagés, plus créatifs, plus fidèles. L’absentéisme diminue, la productivité s’améliore, l’attractivité employeur se renforce. Le retour sur investissement de 1 euro investi pour 13 euros de bénéfice n’est pas un slogan : c’est une réalité documentée par les études scientifiques.

Les outils de diagnostic existent. Le cadre juridique est en place. Les preuves de l’efficacité de la prévention sont établies. Les solutions sont accessibles, qu’il s’agisse de repenser l’organisation du travail, de former les managers, d’offrir des alternatives au télétravail isolé via des espaces de coworking, ou simplement d’écouter les salariés.

La prévention des RPS est à la fois une obligation légale, un impératif éthique et un levier de performance. C’est un investissement qui profite à tous : salariés, entreprises et société dans son ensemble.

Pour aller plus loin...

Données statistiques

Baromètre BDO/OpinionWay 2024-2025 sur les RPS

Baromètre Empreinte Humaine

Chiffres clés RPS France 2024 (Groupe Prevensys)

Enquête CT-RPS 2024 (Insee/Dares)

Sources institutionnelles

INRS – Ce qu’il faut retenir sur les RPS

INRS – Facteurs de risques psychosociaux

INRS – Outils et méthodes RPS

INRS – Télétravail, risques et effets sur la santé

EU-OSHA – Coûts du stress et des RPS (rapport PDF)

Dares – RPS associés au télétravail (PDF)

Cadre juridique

Code du travail – Article L. 4121-1

Rapport Gollac (2011) – Mesurer les facteurs psychosociaux de risque

Ministère du Travail – RPS et accords nationaux

Coworking et solutions

Emergent Research / Harvard Business Review (2017) – Coworking et bien-être

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